Controverse: on ne doit pas refuser les malades en réanimation

Jean Francois TIMSIT

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Service de réanimation médicale et infectieuse, Hôpital Bichat Paris

Introduction

La décision d'admission (et donc de non -admission) en réanimation est une décision délicate mais très courante.
Certains malades doivent certainement être refusés en réanimation sinon l'hôpital ne serait plus constitué que de soins intensifs.
Le refus d'admission peut être justifié par 3 motifs différents : la sévérité du patient (gravité extrême ou au contraire manque de gravité objective ), absence de place ou refus du malade d'être admis.

Cependant, cette décision est difficile, car l'appréciation de la sévérité est basée sur des arguments parfois subjectifs.
En effet,

  • (1) On ne sait pas prédire la mortalité individuelle des patients proposés en réanimation ;
  • (2) - Les données disponibles au moment de la décision sont le plus souvent incomplètes ;
  • (3) même si certaines sociétés savantes ont essayé d'élaborer des recommandations, on ne les respecte pas toujours au quotidien ;
  • ( 4) Enfin, plusieurs articles de la littérature suggèrent que les patients non-admis meurent davantage que les mêmes patients admis en réanimation.

    La non-admission pourrait donc entraîner une " perte de chance ". Cette situation est d'autant plus préoccupante que le nombre de lits disponibles est un facteur de risque indépendant de non-admission
    Si le réanimateur peut, à juste titre, considérer que la réanimation est, dans certains cas, futile, il faut cependant noter que la futilité des soins prodigués est une notion imprécise se modifiant avec le temps. En particulier certaines thérapeutiques salvatrices n 'auraient pas vu le jour en réanimation si certains malades pour lesquels les soins étaient considérés comme " futiles " n'avait malgré tout été hospitalisés dans un service de soins intensif.

    Finalement, la décision de non-admission est la forme la plus injuste de limitation thérapeutique. Le principe du " premier arrivé, premier servi " introduit une inégalité des soins. Cette justice distributive correspond à une injustice individuelle que nous, professionnels de santé, ne pouvons pas cautionner


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