Colloides VS Cristalloides

JOURNEE DU 2001/10/24

COLLOIDES vs CRISTALLOIDES

Cristalloides par Dr F.SCHORTGEN - Hopital BICHAT Claude BERNARD

Colloïdes par Dr O.LANGERON - Hopital PITIE-SALPETRIERE


Les critères de choix d’un soluté de remplissage reposent sur son efficacité à restaurer la volémie et/ou sur ses inconvénients : toxicité rénale (± hépatique), oedème interstitiel, troubles de l’hémostase et allergie. Pour mémoire, des Recommandations pour la Pratique Clinique (RPC) ont été rédigées en 1997, avec une tendance à privilégier les colloïdes aux cristalloïdes, et parmi les colloïdes, les hydroxyéthylamidons (HEA) [1].

Pour obtenir une efficacité égale, le volume des cristalloïdes isotoniques est rapporté comme souvent plus important (3 à 4 fois) que celui des colloïdes [2].Certaines études retrouvent une efficacité supérieure des colloïdes, mais les patients réanimés avec les cristalloïdes recevaient un volume nettement insuffisant.
Le bénéfice supposé des HEA quant à l’amélioration de la microcirculation a récemment été évaluée par pHmétrie (pHi, gradient de PaCO2) chez des patients septiques mais n’a pas été démontré [3, 4]. L’effet d’expansion volémique des colloïdes s’exerce par leur pouvoir oncotique. En cas d’augmentation de la perméabilité capillaire, qui est une situation fréquente en réanimation (sepsis, SDRA, traumatisme, SIRS...), la pression oncotique ne joue plus aucun rôle et selon l’équation de Starling, le passage trans-vasculaire des fluides ne dépend plus que de la pression hydrostatique, elle-même indépendante du type de soluté utilisé. L’administration d’un cristalloïde entraîne toujours une baisse de la pression oncotique et une augmentation de la filtration trans-capillaire., sans pour autant induire un oedème interstitiel du fait de mécanismes de protection (ie drainage lymphatique des fluides interstitiels). Une analyse multivariée n’a pas montré de différence sur l’incidence de l’oedème pulmonaire en fonction du soluté de remplissage utilisé [5].
Aucune différence de mortalité n’a été mise en évidence en sachant que la mise en place d’une étude dont l’objectif principal serait une réduction de mortalité, si minime soit-elle, nécessiterait un effectif de patients extrêmement important. Le sétudes sont cependant anciènnes (en particulier en traumatologie) et manquent de puissance.
Les colloïdes naturels et de synthèse ont tous des effets secondaires: risque de transmission d’agent infectieux, anomalies de l’hémostase essentiellement rapportés avec les dextrans et les HEA de haut poids moléculaire. La toxicité rénale décrite avec l’HEA (200/0.6) chez des patients en état de mort cérébrale et la mise en évidence sur le rein transplanté d’une néphrose osmotique [6] a conduit à ne pas utiliser cet HEA dans cette situation. Le risque de survenue d’une insuffisance rénale chez le patient en sepsis sévère semble plus important avec l’HEA (200/0.6) qu’avec une gelatine (OR 2.57, p= 0.026) [7]. Les effets secondaires des HEA de haut poids moléculaire ont fait naître une gamme de nouveaux HEA de plus faible poids moléculaire, dont l’avantage théorique serait une moindre accumulation et peu d’effets sur l’hémostase. A l’heure actuelle, les études évaluant les effets de ces HEA sur l’hémostase concluent soit à une équivalence entre anciens et nouveaux HEA [8] soit à un bénéfice en faveur des nouveaux HEA [9, 10]. Les effets sur la fonction rénale n’ont pas encore été évalués. Enfin, pour un coût équivalent, les volumes de solutés perfusés sont de 0.5L pour l’albumine à 4%, 4L pour les gélatines, 9L pour les HEA, et 79L pour le sérum physiologique.
Une dernière notion avancée par O.L. est que ce débat « colloïdes versus cristalloïdes » est dépassé. Les objectifs du remplissage ont changé : le respect d’une hypotension permissive temporaire (PAS @ 80 mmHg) serait associé à un meilleur pronostic, dans certaines situations d’hémorragie (lésion hémorragique unique chez le monotraumatisé sans tare, et si le transport est court). Pour mémoire, les RPC recommandaient, en cas d’hémorragie, les cristalloïdes si la perte sanguine est inférieure à 20% de la masse sanguine, et l’utilisation des colloïdes si la perte sanguine est estimée à plus de 20% ou si la PAM est inférieure à 80 mmHg [1].

La question a été posée sur une éventuelle indication à un type de soluté de remplissage pour un type de patient : cristalloïdes chez les patients en sepsis sévère, colloïdes chez le patient en état de choc hémorragique, mais quel en est le rationnel ? Par ailleurs, le sérum salé hypertonique n’a pas été abordé en détail mais serait une piste de recherche prometteuse.
En conclusion :
« Qu’importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse et surtout un objectif thérapeutique défini » (OL)
« Pourquoi utiliser des produits qui n’ont pas démontré leur supériorité mais qui ont des effets secondaires et qui coûtent cher ? » (FS)

Dr Marie THUONG

Bibliographie
1. ANDEM, Société de réanimation de langue française and Société française d'anesthésie et de réanimation. Remplissage vasculaire au cours des hypovolémies relatives ou absolues. Presse Med 1999;28:923-8
2. Ueyama H, He Y, Tanigami H, Mashimo T and Yoshiya I. Effects of crystalloid and colloid preload on blood volume in the parturient undergoing spinal anesthesia for elective cesarean section. Anesthesiology 1999;91:1571-6
3. Forrest D, Baigorri F, Chittock D, Spinelli J and Russell J. Volume expansion using pentastarch does not change gastric-arterial CO2 gradient or gastric intramucosal pH in patients who have sepsis syndrome. Crit Care Med 2000;28:2254-8
4. Asfar P, Kerkeni N, Gouëllo J, Brenet O and Alquier P. Assessment of hemodynamic and gastric mucosal acidosis with modified fluid gelatin versus 6% hydroxylethyl starch: a prospective, randomised study. Intens Care med 2000;26:1282-7
5. Choi P, Yip G, Quinonez L and Cook D. Crystalloids versus colloids in fluid resuscitation: A systematic review. Crit Care Med 1999;27:200-10
6. Cittanova M, Lebanc I, Legendre C, Mouquet C, Riou C and Coriat P. Effect of hydroxyethylstarch in brain-dead kidney donors on renal function in kidney-transplant recipients. Lancet 1996;348:1620-22
7. Schortgen F, Lacherade J, Bruneel F, et al. Effects of hydroxyethylstarch and gelatin on renal function in severe sepsis: a multicenter randomised study. Lancet 2001;357:911-16
8. Jamnicki M, Bombeli T, Seifert B, et al. Low- and medium-molecular-weight hydroxyethyl starches: comparaison of their effect on blood coagulation. Anesthesiology 2000;93:1231-7
9. Gallandat Huet R, Siemons A, Baus D, et al. A novel hydroxyethyl starch (Voluven) for elective perioperative plasma volume substitution in cardiac surgery. Can J Anaesth 2000;47:1207-185
10. Langeron O, Doelberg M, Ang E, Bonnet F, Capdevila X and Coriat P. Voluven, a lower substituted novel hydroxyethyl starch (HES 130/0.4), causes fewer effects on coagulation in major orthopedic surgery than HES (200/0.5). Anesth Analg 2001;92:855-62

 
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