par le docteur Ivan Laurent, Institut hospitalier J Cartier, 91300 Massy
Voir les diapos 2.76 Mb
par le docteur Christophe Adrie, Hôpital Delafontaine St denis
Voir les diapos 98.00 Kb
PRISE EN CHARGE HOSPITALIERE DE L’ARRET CARDIAQUE
Ivan LAURENT
Institut Hospitalier Jacques Cartier, Massy
Centre Hospitalier Cochin – Port-Royal, Paris
Actuellement, le pronostic de l’arrêt cardio-respiratoire (ACR)
extra-hospitalier reste sombre : sur les 350000 morts subites annuelles
estimées aux Etats-Unis, seuls 12000 patients (moins de 5%) survivent
sans séquelle neurologique majeure. Dans la prise en charge
pré-hospitalière, l’innovation majeure de la décennie écoulée est
incontestablement la diffusion des défibrillateurs semi-automatiques :
une formation minimum permet leur utilisation par un personnel non
médical avec des délais de prise en charge moindres, qui sont associés
à une amélioration de la survie globale.
L’autre découverte
importante concerne la prise en charge hospitalière : en cinq ans, au
moins trois études ont démontré une amélioration de la mortalité par un
traitement débuté même bien après la restauration d’une hémodynamique
efficace, suggérant le fait que « tout ne se joue pas » durant la
réanimation cardio-pulmonaire. On peut en effet assimiler l’ACR
récupéré à un modèle d’ischémie-reperfusion globale, avec toutes les
conséquences délétères que peut avoir un tel syndrome sur des tissus et
cellules préalablement hypoxiques. Vladimir Negovsky avait décrit il y
a plus de 25 ans un tableau clinique observé au décours d’une
réanimation cardio-pulmonaire (RCP), associant hypotension, fièvre, et
défaillance multi-viscérale parfois réversible : la maladie de
post-ressuscitation (ou post-resuscitation disease). Cette maladie de
post-ressuscitation est la conséquence d’au moins quatre processus
intriqués s’exprimant durant les 48 premières heures suivant la RCP :
1. Un défaut de perfusion global ;
2. Des lésions de ré-oxygénation ;
3. Les conséquences d’une défaillance multi-viscérale ;
4. Des perturbations rhéologiques.
Les perturbations biologiques observées expérimentalement et/ou
cliniquement témoignent du rôle central de l’ischémie-reperfusion et de
l’activation endothéliale au décours de l’ACR : relargage massif de
cytokines, expression des molécules d’adhésion, activation du
complément et de la voie de l’acide arachidonique.
Le défaut de perfusion mis en évidence au décours de la RCP est
probablement associé à l’existence d’une sidération myocardique
post-ACR : expérimentalement, la dysfonction myocardique est précoce,
sévère mais réversible en 48 à 72 heures. L’amélioration de la fonction
systolique ventriculaire gauche sous Dobutamine témoigne d’une réserve
contractile. La synthèse massive de radicaux libres oxygénés, mais
aussi des paramètres associés à la RCP (défibrillations de haute
énergie, fortes doses d’adrénaline) sont associés à l’apparition d’une
dysfonction myocardique post-arrêt.
Cliniquement, une instabilité hémodynamique au décours d’un ACR
réanimé, présumé d’origine cardiaque, est fréquente et est associée aux
paramètres de réanimation cardio-pulmonaire (durée de massage
cardiaque, dose totale d’adrénaline utilisée en bolus, nombre de chocs
électriques externes). Dans près de 50% des cas, cet état de choc
requiert l’emploi de catécholamines. Le profil hémodynamique obtenu par
cathétérisme artériel pulmonaire est unique : il associe un bas-débit
sévère (IC : 2.1 l/min/m² en médiane) et des pressions de remplissage
normales, voire basses. L’amélioration du débit cardiaque passe par un
état hyperkinétique observé de la 24ème à la 72ème heure. Il est certes
la conséquence de l’emploi des catécholamines, mais pourrait être aussi
associé à une vasoplégie, difficile à mettre en évidence en clinique.
Pourtant,
le recours nécessaire aux vasoconstricteurs, les pressions de
remplissage à peine normales malgré un remplissage vasculaire abondant
(8000 cc de cristalloïdes en médiane dans les 72 premières heures),
évoquent vraiment une composante vasoplégique avec « leak-syndrome ».
Contrairement aux autres patients, les sujets qui décèdent dans un
tableau de choc réfractaire ont un profil de bas-débit peu ou pas
réversible à la 24ème heure, suggérant une atteinte irréversible de la
fonction myocardique.
Si la prise en charge initiale des patients réanimés d’une mort subite
peut justifier un traitement intensif (allant même jusqu’au recours à
l’hémodialyse itérative), il faut savoir « jeter l’éponge »
secondairement si il est évident que le patient développe un état
végétatif post-anoxique, dont on connaît le très mauvais pronostic à
long terme. Actuellement encore, rien ne peut remplacer l’examen
clinique pour discerner précocement l’évolution neurologique définitive
des patients. Si l’examen neurologique à l’admission du malade en
service de réanimation n’a que peu de valeur pronostique (et ne doit en
aucun cas influencer la prise en charge du patient), celui-ci acquiert
une fiabilité de 100% dans les trois à sept jours suivant l’ACR. Parmi
les signes positifs (permettant de prédire la récupération d’un état de
conscience), seule la réponse motrice « adaptée et reproductible » a
une valeur significative. On se basera donc essentiellement sur des
éléments négatifs.
Par
exemple, à la 72ème heure de l’ACR, un score de Glasgow inférieur ou
égal à 5, l’absence de réponse motrice à la douleur, la réponse motrice
en extension à la douleur, ou encore l’absence de réflexe photomoteur
ont une valeur prédictive de 100% pour discerner les patients
présentant des lésions neurologiques post-anoxiques majeures. Dans ces
cas, l’acharnement thérapeutique n’est pas justifié.
Depuis cinq ans, plusieurs traitements initiés au décours de la RCP ou
même à l’admission en service de réanimation semblent modifier le
pronostic au décours d’une mort subite récupérée, présumée d’origine
cardiaque :
· La coronarographie réalisée au décours immédiat de
l’ACR réanimé peut avoir un intérêt si elle aboutit à un geste
thérapeutique (angioplastie coronaire de désocclusion en phase aiguë
d’infarctus). Sur une étude comportant 84 patients consécutifs, le
succès d’angioplastie coronaire est un facteur indépendant de survie en
analyse multivariée. Encore faut-il réserver ce geste, qui nécessite
une lourde infrastructure, aux meilleurs candidats. Alors que l’ECG
réalisé immédiatement après la restauration d’une hémodynamique
spontanée efficace est de faible valeur, celui effectué à distance (au
moins 30 minutes après la fin de la RCP) semble présenter une
excellente valeur prédictive négative (96% si l’on exclut les blocs de
branche gauche sur un collectif consécutif de 152 patients). Ainsi, un
ECG normalisé au décours de la RCP (pas de signe d’infarctus transmural
en voie de constitution) ne justifie pas actuellement de bilan
coronarographique en urgence, la chance d’aboutir à un geste
thérapeutique potentiellement bénéfique pour le patient (angioplastie
coronaire) restant très faible. Sur ce même collectif de patients,
l’analyse de paramètres fournis initialement comme la durée sans
massage et la durée totale de RCP donnent des chiffres de survie très
variables : pour des patients pris en charge tardivement (plus de cinq
minutes sans massage) avec une durée de RCP longue (plus de 25
minutes), la survie est invariablement de 0%, rendant discutable un
acharnement thérapeutique souvent coûteux. A contrario, des patients
pris en charge dans les 5 minutes qui suivent une fibrillation
ventriculaire, et dont la durée de réanimation totale n’excède pas 25
minutes ont une survie de 64%, justifiant notamment, si l’ECG est en
faveur, un bilan coronarographique en urgence pour éventuelle
angioplastie.
· L’induction d’une hypothermie modérée (32-34°C)
pendant 12 à 24 heures au décours d’une fibrillation ventriculaire
présumée d’origine cardiaque est maintenant justifiée par les résultats
de deux études randomisées publiées l’année dernière. Celles-ci,
incluant un total de 352 patients, montrent un gain allant de 25 %
(survie à six mois dans l’étude européenne) à 47 % (survie hospitalière
dans l’étude australienne). En pratique, l’induction de l’hypothermie
se fait actuellement par moyens externes (couvertures refroidissantes
et /ou packs de glace) moyennant une curarisation intraveineuse
continue et la surveillance invasive de la température centrale (sonde
vésicale thermométrique ou thermistance d’un cathéter artériel
pulmonaire).
· Lutter contre les phénomènes inflammatoires au
décours de l’ACR semble une cible thérapeutique efficace. Le succès de
l’hypothermie thérapeutique résulte peut-être de son effet « global »
sur l’inflammation. Une autre voie intéressante pourrait être une
technique d’épuration extra-rénale telle que l’hémofiltration, par sa
capacité à éliminer les molécules de taille moyenne. De grands débits
d’ultrafiltration peuvent être atteints en hémofiltration à haut-volume
(12 litres/heure). Dans une étude pilote randomisée incluant 60
patients admis au décours d’un ACR réanimé, un traitement par
hémofiltration à haut volume (100 litres d’ultrafiltration en 8 heures)
permet une amélioration significative de la mortalité globale (facteur
indépendant de survie en analyse multivariée par régression
logistique). L’association à l’induction d’une hypothermie modérée ne
semble pas modifier nettement la survie (le nombre de patients restant
limité).
Ainsi, la prise en charge hospitalière de l’ACR réanimé a bien évolué
depuis dix ans : d’une attitude de spectateur, le réanimateur devient
acteur du traitement à part entière. Une attitude agressive dans les
premiers jours qui suivent l’ACR peut être justifiée quand on sait que
chez certains patients pris en charge précocement, la survie sans
séquelle neurologique majeure atteint 64%. A l’opposé, elle est futile
et coûteuse chez des patients pris en charge tardivement. La
réanimation intensive des premiers jours ne doit pas occulter
l’évaluation du pronostic neurologique, qui est établi avec une
fiabilité de 100% entre les 3ème et 7ème jour post-ACR.
BIBLIOGRAPHIE
Safar P. Resuscitation from clinical death: Pathophysiologic limits and
therapeutic potentials. Crit Care Med 1988; 16: 923-41.
American
Heart Association in collaboration with the International Liaison
Committee on Resuscitation. Guidelines for cardiopulmonary
resuscitation and emergency cardiovascular care, part 6: advanced
cardiovascular life support; section 8: postresuscitation care.
Circulation 2000; 102 (suppl I): I-166- I-171.
Spaulding CM, Joly
LM, Rosenberg A, Monchi M, Weber SN, Dhainaut JF, Carli P Immediate
coronary angiography in survivors of out-of-hospital cardiac arrest. N
Engl J Med. 1997 Jun 5;336(23):1629-33.
Eisenberg MS, Mengert TJ. Cardiac resuscitation. N Engl J Med. 2001 Apr 26;344(17):1304-13. Review.
Mild therapeutic hypothermia to improve the neurologic outcome after
cardiac arrest. N Engl J Med. 2002 Feb 21;346(8):549-56.
Bernard
SA, Gray TW, Buist MD, Jones BM, Silvester W, Gutteridge G, Smith K.
Treatment of comatose survivors of out-of-hospital cardiac arrest with
induced hypothermia. N Engl J Med. 2002 Feb 21;346(8):557-63.
Dorian P, Cass D, Schwartz B, Cooper R, Gelaznikas R, Barr A.
Amiodarone as compared with lidocaine for shock-resistant ventricular
fibrillation. N Engl J Med. 2002 Mar 21;346(12):884-90.
Abu-Laban
RB, Christenson JM, Innes GD, van Beek CA, Wanger KP, McKnight RD,
MacPhail IA, Puskaric J, Sadowski RP, Singer J, Schechter MT, Wood VM.
Tissue plasminogen activator in cardiac arrest with pulseless
electrical activity. N Engl J Med. 2002 May 16;346(20):1522-8.
Kern KB, Hilwig RW, Rhee, KH, Berg RA. Myocardial dysfunction after
resuscitation from cardiac arrest: An example of global myocardial
stunning. J Am Coll Cardiol 1996; 28: 232-40.
Gazmuri RJ, Weil
MH, Bisera J, Tang W, Fukui M, McKee D. Myocardial dysfunction after
successful resuscitation from cardiac arrest. Crit Care Med 1996; 24:
992-1000.
Laurent I, Monchi M, Chiche JD, Joly LM, Spaulding C,
Bourgeois B B, Cariou A, Rozenberg A, Carli P, Weber S, Dhainaut JF.
Reversible myocardial dysfunction in survivors of out-of-hospital
cardiac arrest. J Am Coll Cardiol. 2002 Dec 18;40(12):2110-6.
Negovsky VA, Gurvitch AM. Post-resuscitation disease - a new
nosological entity. Its reality and significance. Resuscitation 1995;
30: 23-7.
Adrie C, Adib-Conquy M, Laurent I, Monchi M, Vinsonneau
C, Fitting C, Fraisse F, Dinh-Xuan AT, Carli P, Spaulding C, Dhainaut
JF, Cavaillon JM. Successful cardiopulmonary resuscitation after
cardiac arrest as a "sepsis-like" syndrome. Circulation. 2002
30;106:562-8.
Guidelines for cardiopulmonary resuscitation and
emergency cardiac care. Emergency Cardiac Care Committee and
Subcommittees, American Heart Association. Part VIII. Ethical
considerations in resuscitation. JAMA. 1992 Oct 28;268(16):2282-8.
Levy DE, Caronna JJ, Singer BH, Lapinski RH, Frydman H, Plum F.
Predicting outcome from hypoxic-ischemic coma. JAMA 1985;253:1420-6.
Edgren E, Hedstrand U, Kelsey S, Sutton-Tyrrell K, Safar P. Assessment
of neurological prognosis in comatose survivors of cardiac arrest. BRCT
I Study Group. Lancet 1994;8905:1055-9.