JOURNEE DU 2004/02/12
Pseudomonas aeruginosa: actualités microbio-cliniques
Résumé :
La résistance naturelle de Pseudomonas aeruginosa et
la multiplicité des mécanismes de résistances acquises sont responsables
d'inadéquations thérapeutiques fréquentes. En réanimation le risque est encore
plus accru du fait de la gravité des patients et leur particularité
pharmacodynamique. Nous proposons une revue de la littérature faisant suite à
la soirée des Réunions en Réanimation consacrée au sujet et animée par le Pr B
Schlemmer et Mme le Pr MH Chanoine-Nicolas. Nous faisons le point sur l'état
actuel de la résistance, les risques d'émergence de mutants résistants sous
traitement, le rôle de la bithérapie dans l'amélioration du pronostic des
patients et les modalités thérapeutiques.
Introduction :
Les infections à Pseudomonas
aeruginosa surviennent essentiellement en réanimation et plus
particulièrement chez des patients immunodéprimés. Pseudomonas aeruginosa occupe la cinquième place parmi les espèces
responsables d'infections nosocomiales aux Etats-Unis (1). En Europe Pseudomonas aeruginosa occupait la
deuxième place après Staphylococcus
aureus parmi les espèces responsables d'infections nosocomiales en réanimation.
Malgré les différents progrès thérapeutiques, la mortalité
des infections à Pseudomonas aeruginosa reste
élevée oscillant aux alentours de 30%. Ces chiffres de mortalité sont largement
expliqués d'une part par, la gravité des maladies sous jacentes des patients et
d'autre part par les difficultés thérapeutiques engendrées par cette
bactérie(2).
En effet les infections à Pseudomonas
aeruginosa concernent essentiellement les patients de réanimation et
immunodéprimés, Pseudomonas aeruginosa possède une conjonction de
mécanismes de résistance naturel et est capable d'acquérir de multiples
mécanismes de résistances le
rendant multirésistant aux antibiotiques.
Ainsi dans l'étude
européenne de prévalence (EPIC Study), la proportion des souches de sensibilité
diminuée à l'imipénème , la ciprofloxacine, la pipéracilline et la ceftazidime
était respectivement entre 16%-24%, 8%-37%, 5%-26% et 2%-16% (3). Plus
récemment Paramythioutou et col, dans une étude rétrospective réalisée au CHU
Bichat Claude-Bernard (4) le taux de résistance à l'ensemble des quatre
antibiotiques majeurs anti pseudomonas était de 10,5%. Prés de la moitié d'entre
eux étaient par ailleurs résistants aux aminosides.
Ces chiffres permettent d'expliquer le nombre élevé
d'antibiothérapies empiriques inadéquates en cas d'infections à Pseudmonas aeruginosa.
Mécanismes de résistances
Pseudomonas aeruginosa est
un bacille à Gram négatif non fermentatif, fin, mobile à ciliature polaire,
aérobie strict, oxydase positive. Ce germe est très répandu dans
l'environnement. C'est un saprophyte du sol humide et des plantes qui sont la
source de la contamination animale et humaine.
Chez Pseudomonas
aeruginosa les mécanismes de résistance sont multiples. Cette bactérie
possède des mécanismes de résistance naturels et des mécanismes acquis.
-Mécanismes
de résistances naturels :
Ces mécanismes sont essentiellement représentés par, une β lactamase chromosomique de classe
C, une imperméabilité naturelle aux antibiotiques proportionnellement plus
importante que chez les entérobactéries et enfin l'existence d'une pompe à
efflux exprimée constitutivement lui permettant de résister simultanément à
plusieurs familles d'antibiotiques (MexAB-OprM).
Cette espèce bactérienne est donc naturellement résistante
aux pénicillines du groupe A, aux céphalosporines de première et deuxième
génération, au chloramphénicol, aux tétracyclines et au triméthroprime.
-Mécanismes
de résistances acquises :
A cette résistance
naturelle s'ajoute une résistance acquise dont le support est autant
chromosomique que plasmidique.
La résistance acquise peut concerner une modification de
l'expression de la céphalosporinase (augmentation de la synthèse réversible ou irréversible),
une diminution de la perméabilité ou une augmentation des mécanismes d'efflux
(MexOprNC type 1 : diminution de la sensibilité à l'imipénème et
augmentation de la sensibilité au cefotaxime : souche hypersensible ;
ou bien type 2 avec une diminution de la sensibilité au céfépime).
Plusieurs autres β
lactamases peuvent être acquises avec une différence de sensibilité
variable selon les antibiotiques ( Tableau N°1):
-
β
lactamases de classe A ou pénicillinases à spectre étendu (BLSE) : type
TEM, PER, VEB, GES.
-
β
lactamases de classe D ou Oxacillinases à spectre étroit (Oxa 1 à 10) ou à
spectre large (Oxa 11 ...).
-
β
lactamases de classe B ou imipénèmases : VIM, IMP.
La résistance aux aminosides est
véhiculée principalement par un mécanisme enzymatique permettant l'hydrolyse de
l'antibiotique et/ou un mécanisme
d'efflux.
La résistance aux fluoroquinolones est principalement due à
la modification de la cible (topoisomérases) et rarement associé au mécanisme
d'efflux.
La résistance à plusieurs familles d'antibiotiques peut être
véhiculé par un même mécanisme avec un bénéfice énergétique (fittness)
favorable à la bactérie (ex : MexEF-OprN : résistance à la
ciprofloxacine et à l'imipénème).
L'association de plusieurs mécanismes de résistance aux β lactamines (une ou plusieurs β lactamases et/ou un phénomène
d'imperméabilité ou d'efflux) rend indispensable la communication entre le
microbiologiste et le prescripteur au vu de la sensibilité exacte (CMI et/ou
diamètre) du P. aeruginosa.
CMI selon les
mécanismes de résistance aux β-Lactamines *
|
|
Classe
A
|
Classe
D
|
Classe
B
|
|
P.
aeruginosa
sensible - PAO1
|
TEM-4
|
SHV2a
|
VEB-1
|
PER-1
|
GES-1
|
OXA-35
|
VIM-2
|
|
TIC
|
16
|
> 512
|
> 512
|
> 512
|
512
|
> 512
|
> 256
|
> 512
|
|
TCC
|
-
|
32
|
64
|
256
|
256
|
64
|
256
|
> 512
|
|
Pip
|
4
|
32
|
256
|
128
|
32
|
128
|
128
|
64
|
|
PTZ
|
-
|
8
|
64
|
ND
|
ND
|
64
|
64
|
16
|
|
CAZ
|
2
|
8
|
32
|
512
|
128
|
32
|
2
|
256
|
|
FEP
|
4
|
8
|
ND
|
128
|
ND
|
16
|
8
|
64
|
|
AZT
|
1
|
16
|
32
|
> 256
|
256
|
4
|
16
|
0,25
|
|
IMP
|
1
|
4
|
1
|
32
|
0,5
|
1
|
2
|
128
|
|
TIC :
Ticarcilline ; TCC : Ticarcilline + AC clavulanique ; Pip :
piperacilline ; PTZ : piperacilline + tazobactam
CAZ :
Ceftazidime ; FEP : Cefepime ; AZT : Aztréonam ;
IMP : Imipenem
Les principaux phénotypes de résistance sont détectables à la
lecture des antibiogrammes (cf tableau 2)
Tableau N°2 : Principaux phénomènes de résistances,
Mécanismes, Antibiotype
Antibiotique
|
Mécanismes
de Résistances
|
|
|
|
Imperméabilité
Porine OprD
|
Efflux
MexAB-OprM
|
Efflux
MexXY
|
Efflux
MexCD-OprJ
|
β lactamases
AmpC
|
Mutation de cibles
|
Imipenem
|
I-R
|
|
|
|
|
|
Ticarcilline
|
|
I-R
|
|
|
S-I-R
|
|
Aztréonam
|
|
I-R
|
|
|
I-R
|
|
Ciprofloxacine
|
|
S-I
|
S-I
|
S-I
|
|
I-R
|
Ofloxacine
|
|
I-R
|
I-R
|
R
|
|
R
|
Gentamicine
|
|
|
R
|
|
|
|
Amikacine
|
|
|
I-R
|
|
|
|
Tobramycine
|
|
|
S-I
|
|
|
|
Cefepime
|
|
|
|
|
S-I-R
|
|
Pip/tazobactam
|
|
|
|
|
I-R
|
|
Ceftazidime
|
|
|
|
|
I-R
|
|
Cefsulodine
|
|
|
|
|
I-R
|
|
| |
|
|
|
|
|
|
|
|
Quels traitements choisir en cas d'infections à Pseudomonas aeruginosa ?
Les objectifs d'un traitement antibiotique, quelqu'il soit
sont dans le meilleur des cas de guérir un patient donné en obtenant une
éradication des bactéries au sein du foyer infectieux. Puis si possible
d'éviter, l'émergence de souches résistantes, ainsi que les surinfections, tout
en évitant les effets indésirables.
-Rôle du
traitement empirique :
Les données de la littérature suggèrent l'importance de
l'adéquation du traitement initial en cas de traitement empirique. En effet
nombreuses sont les observations mettant en évidence le risque de surmortalité
en cas d'inadéquation de l'antibiothérapie initiale. Kollef et col (5) avaient
déjà souligné l'importance du retard thérapeutique et ces répercussions en
terme de mortalité. Ibrahim et col dans un travail s'intéressant au rôle du
retard thérapeutique dans la mortalité des patients bactériémiques en
réanimation avaient mis en évidence dans ce travail prospectif le rôle de
l'inadéquation de l'antibiothérapie initiale dans la mortalité (RR= 2.18, IC
95% 1.77-2.69, p<0.001).
Si ces données sont
claires en cas d'infections bactériennes, les données concernant les infections
à Pseudomonas aeruginosa le sont moins. En effet ces infections
surviennent sur des terrains fragilisés, des suites d'immunodépression
transitoire ou définitive rendant l'interprétation des résultats plus
difficile.
Vidal et collaborateurs (6), s'intéressant au devenir des
patients atteints de bactériémies et plus spécifiquement au rôle de
l'antibiothérapie, ne mettaient pas en évidence de corrélation entre la
mortalité et le retard thérapeutique. Dans ce travail le délai moyen
d'administration des antibiotiques était de 1,6 jours. Pour Kang et
collaborateurs (7), le retard thérapeutique au en cas de bactériémies à Pseudomonas
aeruginosa était responsable d'une surmortalité évaluée à 30 jours. Dans ce
travail la mortalité était de 27,7% en cas d'inadéquation de l'antibiothérapie
dans les 24 premières heures et atteignait 54,8% des cas en cas d'inadéquation
de l'antibiothérapie au cinquième jour.
Toutefois si l'on admet l'importance de l'adéquation de
l'antibiothérapie initiale, il ne faut pas oublier les risques individuels et
collectifs engendrés par des antibiothérapies excessives ou à
« trop » large spectre.
Mono ou Bithérapie ?
La prescription d'une bithérapie en maladie infectieuse est
justifiée par 4 facteurs majeurs : Elargir le spectre, Augmenter la
bactéricidie, Obtenir une synergie d'action et réduire les risques d'échec par
sélection de mutants résistants.
Dans le cas des infections à Pseudomonas aeruginosa il est traditionnellement admis d'utiliser
une bi thérapie. Toutefois à la relecture de la littérature certaines
incertitudes persistent :
1-La bithérapie permet elle d'améliorer le pronostic des
patients ?
Malgré les différentes études publiées à
ce jour il est difficile de dire si une bithérapie en cas d'infection à Pseudomonas aeruginosa permet
d'améliorer le pronostic vital des patients.
En effet dans une étude princeps observationnelle Bodey (8) mettait
en évidence une supériorité en cas d'association de β lactamine et aminoside
comparativement à l'utilisation d'un aminoside en monothérapie. Toutefois
aucune différence n'était notable en cas de comparaison d'une bithérapie
comportant une β lactamine et un aminoside à l'utilisation d'une β lactamine seule.
Cette étude rétrospective non randomisée réalisée chez des
patients neutropéniques est d'interprétation difficile. Le décès chez ces
patients présentant de nombreuses comorbidités ne pouvant être attribué aux
seules modalités de prescription de l'antibiothérapie.
Dans l'étude observationnelle non randomisée de Leibovici et
collaborateurs (9), concernant 2124 patients traités pour bactériémie à bacille
à Gram négatif la mortalité des patients recevant une antibiothérapie
inadéquate était significativement supérieure à ceux recevant une
antibiothérapie adéquate. Dix sept pour cent des 789 patients recevant une
monothérapie adéquate et 19% des 327 patients recevant une bithérapie adéquate
décédés (différence non significative). Toutefois lorsque la monothérapie
utilisée était un aminoside on notait une différence significative de mortalité
sauf en cas d'infection urinaire. Dans cette étude l'analyse multi variée
mettait en évidence une tendance non significative en faveur de la bithérapie
en cas d'infection à Pseudomonas ou
chez les patients neutropéniques. Plus récemment Chamot et collaborateurs (10)
dans une étude rapportant une cohorte de 115 patients recevant une
antibiothérapie empirique pour bactériémie à Pseudomonas aeruginosa, mettaient en évidence l'intérêt d'une
bithérapie uniquement dans les 48 premières heures du traitement. En effet dans
ce travail rétrospectif la mortalité survenue dans les premières 48 heures
n'était ni corrélée à l'adéquation de l'antibiothérapie ni à la prescription
d'une bithérapie. Quand à la mortalité évaluée à 30 jours, elle était
significativement associée à l'adéquation de la bithérapie initiale et à la
prescription d'une bithérapie dans les 48 premières heures. Toutefois il
n'existait pas de différence significative en terme de mortalité lorsque l'on
comparait les mono et bithérapies reçues au delà de la 48 ième heure. Ce
travail suggérait donc une utilité de la bithérapie dans les 48 premières
heures sans aucun apport en terme de réduction de mortalité au delà de cette limite.
Enfin une étude expérimentale (11) s'intéressant à
l'endocardite de lapin à Pseudomonas
aeruginosa ne mettait pas en évidence de différence significative entre une
association de ceftazidime (50 mg/Kg/18 heures) et d'amikacine et une
monothérapie par ceftazidime seul (50 mg/kg/12 heures). Il n'existait pas dans
ce travail de différence significative en terme de réduction de la charge
bactérienne (exprimée en cfu / vegétation).
2-En cas de bithérapie les risques d'échecs par émergence de
mutants sont ils moindres ?
Si la bithérapie n'améliore pas le
pronostic vital des patients elle pourrait éviter l'émergence de mutants
résistants. Si tel était le cas sa prescription serait largement justifiée. Peu
d'études se sont intéressées au rôle de la bithérapie dans la prévention des
risques de sélection de mutants. Dans l'étude de Fantin et collaborateurs (12)
et malgré un temps d'observation court (4 jours) la prescription d'une
bithérapie (β lactamines,
aminosides) comparativement à une monothérapie par β lactamine seule ne permettait pas de
mettre en évidence de différence significative. En effet dans les deux groupes
étudiés il n'existait pas de sélection de mutants. Toutefois lorsque l'on
comparait à dose égale deux modes d'administration différents des β lactamines
(toutes les 12 heures vs 18 heures) on notait l'apparition de mutants dans le
deuxième groupe. Dans ce même travail les auteurs s'étaient intéressés aux
risques d'émergence de souches de Pseudomonas
aeruginosa résistantes au cefpirome et à la ceftazidime. L'émergence de
souches résistantes aux antibiotiques utilisés n'était visible que lorsque les
lapins traités recevaient des doses ne permettant pas d'obtenir des
concentrations plasmatiques supérieures aux CMI pendant plus de la moitié du
temps de perfusion.
Malgré leurs imperfections ces études permettent de nous
rappeler l'importance de la pharmacocinétique des antibiotiques prescrits comme
facteur de risque d'émergence de souches résistantes.
Rares sont les études cliniques qui se sont intéressées à la
question. Toutefois certains auteurs ont abordés le problème par le biais des
risques engendrés par le couple antibiotique bactérie.
Plusieurs auteurs avaient déjà mis en évidence le risque
d'émergence de bacille à Gram négatif résistants aux fluoroquinolones et la
prescription préalable de fluoroquinolones.
Plus récemment certains auteurs se sont intéressés au rôle de
certaines classes antibiotiques et au risque d'émergence de souches
résistantes. Ainsi dans l'étude de Y Carmeli (12), le risque d'émergence de
souches résistantes à un antibiotique étudié (imipénème, ciprofloxacine
pipéracilline ,) était respectivement associé en analyse multivariée à la
prescription préalable d'imipenem (RR=44), de ciprofloxacine (RR=9,2) et de
pipéracilline (RR=5,2). Seule la prescription préalable de ceftazidime dans
cette étude n'était pas associée au risque d'émergence de mutants résistants à
cet antibiotique. Quand au risque d'émergence de souches résistantes aux 4
antibiotiques étudiés seule la prescription préalable d'imipenem était
significativement associée au risque. Un élément intéressant, dans ce travail
le risque d'émergence de souches résistantes n'était pas diminué en cas
d'utilisation d'une association comportant des aminosides
Dans une étude s'intéressant aux facteurs de risques
d'émergence de souches résistantes à la pipéracilline-tazobactam, Harris et
collaborateurs (13) avaient mis en évidence que la prescription de plusieurs
antibiotiques (pipéracilline-tazobactam, imipenem, aminoglycosides,
céphalosporines de troisième génération) était associée au risque de sélection
de germes résistants.
Outre la relation entre prescription préalable d'un
antibiotique donné et émergence de souches résistantes à ce même antibiotique,
nombreux sont les auteurs qui ce sont intéressés au risque d'émergence de
souches dites « multirésistantes ».
Dans le travail de Lepper et collaborateurs (14) la
prescription préalable d'imipénème semblait associer à l'émergence de souches
de Pseudomonas aeruginosa résistantes
aux β lactamines. Ces résultats confortent ceux de Carmeli (13) qui mettait en évidence une
forte corrélation entre la consommation d'imipénème et l'émergence de souches
résistantes aux différentes β lactamines (OR=44).
Enfin très récemment (4) l'étude de facteurs de risques
d'acquisition de souches dites « multirésistantes » (résistantes à la
pipéracilline, la ceftazidime, la ciprofloxacine, et l'imipénème) a mis en
évidence en analyse multivariée une corrélation significative avec la durée
d'utilisation de la ciprofloxacine
(RR=11 ; 95%IC, 1,27-32,9).
Ces études permettent de souligner les risques induits par la
prescription de certaines classes thérapeutiques. Toutefois il ne faut pas à l'heure
actuelle tirer de conclusions hâtives. En effet ces études restent
d'interprétation difficile du fait de multiples biais méthodologiques. La
nature rétrospective de ces travaux, l'absence de randomisation, l'analyse des
seuls prélèvements microbiologiques cliniques, l'absence d'étude moléculaire
comparative, et enfin la comparaison de différents mécanismes de résistance ne
permettent pas d'incriminer une classe thérapeutique dans le risque de
sélection de souches résistantes.
3-Durée et indication de la bithérapie
Aux vues des données actuelles ne mettant
pas en évidence de bénéfices certains de la bithérapie et à la vue des risques
de sélection de mutants résistants, l'utilisation d'une bithérapie semble
encore nécessaire au moins en début de traitement, d'autant plus que
l'antibiotique choisi sera à « haut risque » de sélection de mutants.
En tout état de cause quelque soit l'association choisie, elle devra être de
courte durée (3 à 5 jours) et il faudra
s'assurer d'emblée du mode et des doses administrées afin de s'affranchir des
risques propres à un sous dosage antibiotique.
En effet si les auteurs se sont intéressés aux risques
d'émergence de souches résistantes en fonction des classes antibiotiques
utilisées, rares sont les études qui ont analysés de façon concomitante les
modalités d'administration et les taux plasmatiques ou mieux encore les taux au
site de l'infection. Une antibiothérapie ne pouvant être considérée comme
adéquate du simple fait que la souche isolée soit sensible à l'antibiotique
utilisé. De plus si les données pharmacocinétiques et pharmacodynamiques ne
paraissent pas jouer un rôle important dans les infections banales ou peu
graves, en réanimation la question semble cruciale (15)
La particularité des
patients de réanimation vient essentiellement du fait de l'impossibilité de
prédire leur volume de distribution. En effet nombreuses sont les situations
qui augmentent les volumes de distribution tel le choc septique, les oedèmes
localisés, le SDRA, les brûlures étendues, l'insuffisance cardiaque, les
défaillances multiviscérales ...). De plus la fréquence des insuffisances rénales
chez nos patients de réanimation nous amène sans le savoir ni le vouloir à sous
doser nos traitements, y compris anti infectieux (15)
Quels sont les paramètres qui permettent une
administration optimale ?
Selon les antibiotiques utilisés les paramètres permettant de
prédire une efficacité thérapeutique sont différents. Dans un premier temps il
est indispensable de connaître les concentrations minimales inhibant la
croissance de 90% des souches des différentes molécules anti pseudomonas
utilisables (cf tableau).
Molécule
antibiotique
|
CMI
(mg/l)
|
Pipéracilline-tazobactam
|
4/2
|
Ceftazidime
|
1
|
Imipénème
|
1
|
Ciprofloxacine
|
0,25
|
Amikacine
|
4
|
L'utilisation de β lactamines (antibiotique temps dépendant)
impose l'obtention de concentration plasmatique supérieures aux CMI et ceci
pendant au moins la moitié du temps de l'intervalle de perfusion. Ceci impose
la réalisation de doses répétées. Afin d'obtenir de tels paramètres
plasmatiques il semble indispensable soit d'opter pour des modalités de
perfusions continues soit l'administration de doses unitaire élevée (2g) avec
des intervalles de 08 heures, modalité qui permettrait d'obtenir une
concentration plasmatique supérieure à la CMI pendant plus de 92% de la durée
du temps de perfusion (16).
Dans ce contexte la dose de charge aurait des avantages
théoriques qui seraient : l'obtention rapide de concentration efficace, la
réduction du délai afin d'atteindre une concentration
> à la CMI, minimiser le risque de sous dosage en cas de volume de
distribution élevé, et enfin favoriser la rapidité de la diffusion
extravasculaire.
L'utilisation d'aminosides (antibiotique concentration
dépendante) impose l'obtention de pic de concentration élevé. Ainsi le rapport
PIC/CMI serait un indicateur de traitement optimal pour certains auteurs.
Enfin pour l'utilisation des fluoroquinolones depuis les
travaux de Forrest et collaborateurs, il est admis que le meilleur indicateur
d'optimisation du traitement pour cette classe thérapeutique soit le rapport
ASC/CMI >125. En effet un travail important a permis de déterminer la dose
optimale de ciprofloxacine à 400 mg x 3/jour, appliquée pour les infections à P.aeruginosa, déterminée pour une
valeur-seuil d'AUIC à 125 et prédictive de la guérison clinique et
microbiologique (17-18).
Au vu des différentes données, nous proposons l'utilisation,
en cas de suspicion d'infection à Pseudomonas aeruginosa d'une bithérapie
incluant une β lactamine et un aminosides en prenant en compte les risques de
résistance induits par les molécules préalablement prescrites. Par ailleurs il
nous parait raisonnable d'éviter les molécules à haut risque de sélection de
souches résistantes (imipénème, fluoroquinolone) tout en respectant l'écologie
locale.
Concernant les doses optimales la fréquence des situations
responsables de sous dosage et les risques d'échec thérapeutique, et
écologiques individuels et collectifs doivent nous amener en réanimation à
considérer l'utilisation de doses antibiotiques initiales élevées. Les dosages
antibiotiques, du fait des difficultés techniques ne semblent pas
indispensables, toutefois en cas de traitements prolongés leur réalisation
devra être guidée par les risques de toxicité inhérente aux molécules
utilisées.
Conclusion :
Les données concernant les infections à pseudomonas sont
multiples mais encore incomplètes. A ce jour peu de travaux permettent de
conclure à la supériorité de la bithérapie ou non. Au regard de la littérature
il semble difficile de définir le traitement optimal en cas de bactériémie à Pseudomonas
aeruginosa. Cette difficulté semble s'accroître en réanimation du fait de
la fragilité des patients et des risques de sous dosage induit par des volumes
de distribution variables. Une telle inadéquation serait certainement
responsable de sélection de mutants résistants voire d'émergence de souches
multirésistantes, et probablement responsable d'une surmorbidité voire
surmortalité. A ce stade et afin d'éviter des difficultés thérapeutiques
futures nous obligeant à utiliser d'anciennes molécules toxiques, quelques
recommandations semblent nécessaires.
En maladie infectieuse et plus particulièrement en
réanimation l'initiation d'une antibiothérapie est dans la majeure partie des
cas empirique (au moins pour les 48 premières heures), il est donc raisonnable
d'éviter, si l'écologie locale et le foyer infectieux en cause le permettent,
les molécules à haut risque de sélection de mutants (ciprofloxacine, imipénème)
et quelque soit la molécule utilisée d'éviter le sous dosage en adaptant les
modalités thérapeutiques au terrain et au foyer concerné.
Références: 1-Edgeworth JD, Treacher DF, Eykyn SJ. A 25-year study of nosocomial bacteremia in an adult intensive care unit.Crit Care Med. 1999 Aug;27(8):1421-8. 2- Kuikka A, Valtonen VV. Factors associated with improved outcome of Pseudomonas aeruginosa bacteremia in a Finnish university hospital.Eur J Clin Microbiol Infect Dis. 1998 Oct;17(10):701-8. 3-Vincent JL, Bihari DJ, Suter PM, Bruining HA, White J, Nicolas-Chanoin MH,Wolff M, Spencer RC, Hemmer M. The prevalence of nosocomial infection in intensive care units in Europe. Results of the European Prevalence of Infection in Intensive Care (EPIC) Study. EPIC International Advisory Committee.JAMA. 1995 Aug 23-30;274(8):639-44
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